Alors voilà, je suis partie dimanche soir le 7 mars. J’ai pris un autobus à partir du terminal de Cochabamba vers 20h. Dix heures de route pour se rendre à Potosi. Quelqu’un me demandait pourquoi c’était si long. Était-ce parce que les routes sont mauvaises ou parce que c’était loin ? Réponse : LES DEUX !
Le transport en autobus est généralement assez éprouvant. Ça manque de confort et surtout d’air. Surtout pour les trajets de nuits, les gens ont peur d’ouvrir leur fenêtre, le chauffeur met le chauffage, ça devient vite sec et étouffant, sans parler des odeurs… Les Boliviens ont très peur d’avoir froid. Ils s’habillent jusqu’au cou en plein soleil (pour s’en protéger sans doute) et ont une grande peur des courants d’airs. Finalement, ils me font penser à ma vieille grand-mère avec leurs habitudes, ils ont sans doute historiquement souffert du froid longtemps. Enfin bref, le voyage en autobus est déjà une étape à franchir.
J’arrive à Potosi au petit matin. Le nom de Potosi vient du quechua et signifie ‘tonnerre’. La ville est située à 4090 mètres d’altitude (env. 13,000 pieds) et compte près de 200,000 habitants. Potosi est dominée par le ‘Cerro Rico’ (montagne riche) d’où on y extrait particulièrement du minerai d’argent depuis des siècles avant même que les Espagnols s’y installent en 1545 et exploitent les mines par le travail forcé des autochtones Incas. La région s’est vite développée. Il y a à peine un peu plus d’un siècle, Potosi était une des villes les plus peuplées d’Amérique Latine pour vous dire plus peuplée que Londres et Paris ensemble à l’époque.
À la fin de la domination espagnole environ 45.000 tonnes d'argent ont été extraites. On estime que 8 millions d’autochtones et esclaves africains sont morts dans la montagne d’accidents et de maladies liées aux conditions de travail.
À ce qu’on dit, encore aujourd’hui les gens continuent à y travailler dans des conditions difficiles qui sont à peine différentes de l'époque coloniale. Plusieurs souffrent de la silicose et meurent à un âge précoce. Beaucoup de ces travailleurs sont des enfants et des adolescents qui sont contraints à soutenir leurs familles. Le nouveau gouvernement d’Evo Morales travaille à l’élimination du travail des enfants, mais pauvreté oblige, on est loin de l’éradication.
Mon premier objectif est donc de visiter ses fameuses mines. Je me dépêche de réserver ma place auprès d’une des nombreuses agences touristiques. On part à 9h et premier arrêt en bordure de la ville aux comptoirs commerciaux qui vendent les produits nécessaires aux mineurs. On nous fait acheter un sac pour env. 10bs avec des feuilles de coca, un 2 litres de liqueurs, des cigarettes, de l’alcool 96%, de la dynamite… le kit du parfait mineur quoi. Et oui, il y a encore des gens qui travaillent dans les mines qui appartiennent maintenant au gouvernement. Les mineurs sont regroupés en coopératives et travaillent à leurs comptes. Il n’y a plus de grandes compagnies qui exploitent le minerai comme le zinc et l’étain parce que de l’argent on en voit rarement…
Les tunnels de la mine sont étroits et bas. Après quelques centaines de mètres de progression la chaleur s’intensifie, l’air se raréfie et est lourde de poussière. Il y a des tuyaux qui longent le plafond pour apporter un peu d’air et les fils électriques pour les rares ampoules. Au sol, on s’enfarge sur les rails qui permettent aux mineurs de pousser leurs lourds chariots remplis de roches. Heureusement qu’on nous a donné un déguisement de mineurs avec bottes de caoutchouc car souvent il y a plusieurs centimètres d’eau.
Plus on avance, plus les tunnels rétrécissent. Après dix minutes de marche notre groupe, constitué de six femmes et d’un homme, doit s’arrêter. Le jeune homme est après nous faire une crise d’asthme et de claustrophobie. Le guide nous laisse donc dans la mine pour rebrousser chemin avec le pauvre ti-pit. J’apprécie la pause, je me trouve une pierre pour m’assoir et m’allumer une cigarette…peine perdu, mon briquet refuse de s’allumer, pas assez d’oxygène. Bon, reste plus qu’à jaser avec mes compagnes, des jeunes femmes dynamiques et agréables; deux sont des Pays Basques, deux d’Argentine et une d’Angleterre.
Le guide est de retour et nous marchons vers ‘El Tio’; personnage mythique déifié de la mine, son origine ne fait pas l’unanimité chez les historiens. C’est le dieu protecteur à qui on offrande feuilles de coca, cigarettes et alcool. Tout est fait en double(comme le Ying et le Yang), le guide explique qu’il faut lui donner deux cigarettes, lui donner deux fois des feuilles de coca et l’asperger d’alcool 96% deux fois aussi. On doit aussi boire deux gorgées d’alcool durant la cérémonie, mais il ne faut que s’y tremper les lèvres, une des Basques a toussée durant dix minutes…
On continue de s’enfoncer dans la mine à la recherche de mineurs. Certaines parois sont d’un rouge flamboyant; de l’arsenic solidifié, dit le guide. Il fait chaud et je pompe l’air enfin on s’arrête dans une grotte travaillée. Un mineur avec la joue pleine de coca nous raconte l’histoire de ses journées. Ils utilisent de la dynamite pour faire le début de l’ouvrage et parfois le marteau-piqueur, mais le reste est fait au pic et à la pelle. Je trouve ça presque qu’inhumain. Sans coca et alcool, les travailleurs ne pourraient pas y passer de 8 à 12 heures par jour à s’activer sans relâche.
L’atmosphère est spéciale, certains passages des tunnels les plus anciens sont les plus entretenus, fait de belles pierres grises taillées et disposées en arche. Ça fait drôle de marcher au centre d’une montagne. La randonnée dure près de trois heures. J’en ressors éblouie et pas juste parce que le soleil est fort à la sortie.
Ce qui me frappe, c’est que nous avons vu peu de mineurs, pas d’enfants et pas de sécurité. Après en avoir discuté avec un autre touriste, je me demande si toute cette visite organisée n’est pas qu’une facétie. Qu’est-ce qu’on cache ? La mine n’a plus de ressources ou presque, les mineurs en vivent-ils encore vraiment ? Ou à l’inverse, il existerait un autre secteur de la mine qu’on ne nous présente pas pour éviter la mauvaise publicité sur la Bolivie ? Ça reste étrange à mon sens… Quelques part, ça me fait penser au Village Huron de St-Stanislas de Koska…
Bon, je retourne à mon rôle de touriste, je vais aller prendre plein de photos de la ville de Potosi.
Uyuni
Tant qu’à être rendue ici, je décide de pousser encore plus loin et de me rendre à Uyuni, au Salar. Le plus grand désert de sel au monde, douze mille kilomètres carrés à près de quatre mille mètres d’altitude. Il représente également le tiers des réserves de lithium au monde. Sa formation remonte à 40 000 ans où l'étendue d'eau salée était un lac préhistorique géant. Il s’est asséché et à laisser deux petits lacs et deux déserts de sel dont le plus grand, le Salar d’Uyuni.
Mais avant d’arriver là, je me tape six autres heures d’autobus de Potosi à Uyuni. Un vieil autobus inconfortable, heureusement j’ai le côté fenêtre, la vue est imprenable, c’est magnifique. Durant le voyage la moitié du pare-brise de l’autobus tombe… pas grave. À l’arrêt ‘snack/pipi’ ils recouvrent le tout d’un grand plastique presque transparent…
Arrivée en fin d’après-midi à Uyuni, petite ville ou on recensait environs 12,000 habitants en 2009 mais qui grandit à vue d’œil. On est à y construire un aéroport international et quatre nouveaux grands hôtels qui devraient ouvrir d’ici un an. Je me rends à mon petit hôtel déjà réservé et je me repose pour la randonnée du lendemain.
10h du matin jeudi le 11 mars. J’attends sur le trottoir avec mes trois compagnes et compagnons japonais. Un beau 4X4 Toyota arrive, j’explique rapidement à mes petits copains que vu ma grandeur je vais m’assoir devant avec le chauffeur, Johnny, prénom que je soupçonne ne pas être celui de sa naissance vu sa bouille très andine.
Le paysage hors de la ville est désertique. Premier arrêt : Cimetière de train, bon ça m’intéresse plus ou moins, un paquet de vieux wagons-vapeurs abandonnés dans le désert…
Deuxième arrêt : Colchani ; population de peut-être 125 personnes, environs 150 chiens et plus de 400 porcs, pas de système d’égouts, pas de services et une école. Une dizaine de kiosques d’artisanat où la plupart des gugusses viennent du Pérou. J’y achète quand même un petit sac de sel local.
Enfin, on repart. Wow ! Que dire, l’expérience est magique. Je ne sais pas si les photos vont rendre un peu mais tout y est magique ; l’air, le sol, le ciel, les montagnes environnantes. C’est un peu comme dans le grand-nord, faut mettre des lunettes soleil si on ne veut pas se brûler la rétine. L’air est frais mais le soleil brûlant, du blanc blanc au miroir tout ébloui. Johnny me raconte la légende du Salar. En résumé, le jeune général Cuzco (nom de la montagne fabuleuse au nord-ouest) est tombé en amour avec la belle de l’autre montagne à côté (je me rappelle plus du nom, désolée). Mais la lune de miel a pas duré et le général est allé rejoindre la belle de l’autre montagne de l’autre bord...(désolé) et la première qui avait encore un jeune enfant au sein a tellement pleuré que ses larmes et son lait se sont mêlés pour former le Salar.
Le plus drôle, c’est que mes japonais ne parlent pas espagnol et à peine anglais. Le guide lui ne parle pas japonais (obviously) et pas vraiment anglais. Devinez qui faisait la traduction des commentaires de Johnny ? En tout cas, les Japonais étaient très heureux de ma traduction et malgré ça Johnny ne m’a pas donné de réductions. Qu’est-ce que tu veux, je suis fine de même…
On a pris ‘l’almuerzo’ à l’hôtel Playo Blanco, étrange petite construction fait de blocs de sel dont même l’ameublement est fait de sel. Le personnel est bête comme ses deux pieds et la bécosse est brisée… Quand même notre guide nous fait une belle table et le repas est agréable.
Je suis revenue dans un état de calme, de fatigue et de bien-être extrême tout à la fois. Il flotte dans le Salar une énergie grandiose que jamais je n’oublierai.

1 commentaire:
Ça donne le goût de partir en voyage!muy interesante!gracias por todos! chao!
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