Cochabamba, 28 janvier 2010
Pourquoi ne pas commencer par la fin. J’ai tant de choses à raconter; du départ pour Arica la semaine dernière jusqu’au retour ce lundi. Bon, la petite adolescente de 13 ans a eu son bébé dans la nuit de samedi à dimanche. Malheureusement, je n’étais pas à Cochabamba pour l’accompagner. Alors que suis tout de suite allée à l’hôpital ‘Maternologico German Urquibi’ lundi avant-midi. J’y ai trouvé mon ado dans une chambre partagée avec 4 autres jeunes mamans. Elle était seule, alors que toutes les autres avaient des membres de leurs familles qui étaient présents. Elle somnolait dans son lit défait et sale avec sa petite fille endormie à côté d’elle. Elle ressemblait à une petite fille qui a oublié que sa poupée partageait son lit… Beau bébé, plein de cheveux tout noir, toute petite, toute petite et en santé. J’ai embrassé la maman qui était toute contente de cette visite inattendue. Mon ado voulait s’en revenir à Madre. Mais ce n’est pas les plans des services sociaux boliviens. D’abord, la Sœur Méry avaIt travaillé très fort pour que le bébé lui soit retiré dès la naissance. Elle va commencer sa vie dans un orphelinat, mieux vaut diluer le traumatisme de la séparation pour les deux en lui retirant le bébé le plus rapidement possible, mais le bébé passera trois jours avec elle… De toute façon, mon ado n’arrive pas à bien l’alimenter au sein, elle trouve ça déplaisant, elle ne comprend pas à moitié ce qui se passe.
Elle-même sera transférée dans un autre centre pour adolescentes ainsi en ont décidé les autorités boliviennes.
J’ai donné 3 pesos à une infirmière pour qu’on lui donne une douche. Mon ado parlait beaucoup de son animatrice volontaire; Marja, (elle était dans une autre classe que la mienne). Je suis repartie un peu abasourdie avec un gros point d’interrogation dans le front. Mais qu’est-ce ce qui passe ? Je suis retournée à Madre, j’ai demandé à la Sœur de me donner les vêtements et les effets personnels de la petite. J’ai raconté tout ça à Marja qui a bien sûr tenu à m’accompagner pour ma visite de l’après-midi.
Alors nous avons apporté un sac pour le bébé avec des couches, des petites couvertures et des vêtements que la Sœur Méry avait préparé depuis longtemps mais que les employées avaient oubliées d’apporter. J’ai apporté des biscuits sucrés, du yogourt, du jus de pomme et de la gomme balloune pour mon ado. On a câliné mère et enfant et on est reparti en fin de journée. Je commence à être blindée mais Marja a éclaté en sanglots.
‘’Mon Dieu, donnez moi la Sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le Courage de changer les choses que je peux et la Sagesse d’en connaître la différence.’’
ARICA, Chili.
D’abord, je me suis fait voler ma caméra dans l’autobus de retour. Alors adieu à tout les belles photos que je voulais tant partager avec vous. Heureusement, j’ai fait le voyage avec une compagne volontaire de Suède; Marja. Elle m’a donc donné généreusement une copie des photos qu’elle avait prises. Ce sont les photos que vous verrez d'ici quelques jours.
Nous sommes parties mardi le 19 janvier matin pour Arica au Chili. L’objectif premier est de sortir de Bolivie pour pouvoir étendre notre visa pour un autre 3 mois, loi d’immigration bolivienne. Nous avons pris un autobus au terminal d’autobus de Cochabamba qui va directement à Arica, 12 heures de route, des chemins dangereux au paysages superbes, traversée de l’Altiplano et des Andes, 2 douanes et enfin la mer !!! Pauvre Marja, elle souffre d’un petit virus intestinal qui a rendu son voyage éprouvant, les toilettes sont rares et celle de l’autobus ne permettait que ‘les petits pipis’…
Quand on arrive à la frontière chilienne, on est accueilli par un douanier enjoué qui me fait croire qu’il est interdit de remplir le formulaire avec un stylo à l’encre rouge comme je l’ai fait (mon stylo bleu voulait plus collaborer). Quand je commence à m’inquiéter, il éclate de rire, je commence à goûter à l’humour chilien. Sur les murs pleins d’affiches qui expliquent l’interdiction de faire entrer fruits et autres végétaux en territoire chilien. C’est qu’ils ont travaillé très fort pour éliminer la drosophile et autres insectes et infections s’attaquant aux récoltes agricoles. On ne voit rien sur la drogue, l’alcool ou autre. Ma pauvre Marja affaiblie par la diarrhée a oublié un sac avec pommes et bananes dans l’autobus qui est fouillé par les douaniers. Oh Boy !!! Elle est arrêtée comme une vulgaire contrebandière, on l’interroge durant près d’une heure et finalement on la laisse repartir sous condition d’aller payer une amende de 200 euros le lendemain au bureau du gouvernement chilien à Arica. Pendant ce temps l’autobus et tout ses passagers nous attendent avec impatience…. Pauvre Marja ! Elle était tellement engourdie par le voyage qu’elle avait même coché la case NON sur le formulaire demandant si elle avait des fruits…. C’est qu’elle n’y pensait plus à sa foutue banane ! Je l’ai surnommée la criminelle des fruits… elle trouvait pas ça drôle, moi si, j’en avais des crampes de le ventre à force de rire.
Dès notre arrivée au Chili vers 22h, nous avons retrouvé la chaleur qui manque tant dans les hauteurs et un chauffeur de taxi fort sympathique qui nous a conduit à notre petit hôtel ‘Jardin del Sol’, situé un peu loin de la mer (20 min à pied) mais propre, confortable et au prix raisonnable. Le coût de la vie au Chili est beaucoup plus élevé qu’en Bolivie. Luxe suprême pour Marja et moi, Internet Wi-Fi inclus ! On en a profité, je vous jure. Tout de suite au matin, on s’est dirigé au bureau du gouvernement pour le ‘délit-fruit’. Mais la vie est bonne ! Le préposé est un charmant chilien qui a de la famille qui a émigré en Suède. Il nous explique gentiment que nous avons 30 jours pour payer l’amende et comme nous nous en retournons dans 3 jours… La seule chose, si elle revient au Chili un jour qu’elle prépare 200 euros à fournir à la douane. Wow ! Marja est tellement soulagée.
Arica est une petite ville balnéaire, à la température agréable, aux gens souriants et accueillants. Une pauvreté toute propre. Les chiliens me semblent plus éduqués, ayant plus confiance en eux avec beaucoup moins d’agressivité envers les gringos (toute personne blanche, sentiment exacerbé si tu laisses croire que tu es américain…). Les chiliens d’Arica ont un sens de l’humour bien développés, à partir du personnel de l’hôtel, aux vendeuses dans les magasins et aux serveurs de cafés et restaurants. Nous avons beaucoup rit. Marja s’est grandement amusé avec mon accent français, elle qui parle un espagnol impeccable, ayant vécu 4 ans en Espagne. Je pense que sa pire crise d’hilarité fut le matin que nous marchions sur la promenade en bordure de la mer en direction de la plage pour une journée de farniente. J’ai reçu un ‘char de marde’ de la part d’un pélican perché en haut d’un lampadaire. Mais là pas à peu près, j’en avais partout. Heureusement qu’on était près de l’eau pour me laver, j’étais dégoutée !
J'ai pris du soleil en masse et je me suis baignée dans la mer, les vagues étaient énormes, c'est un endroit apprécié par les surfers. Mais je sais pas ce qui est arrivé avec ma crème solaire à l'épreuve de l'eau.. le haut de mon corps n'a pas brûlé mais je me suis retrouvée avec les jambes pas juste rouges mais littéralement cuites. Je ressemble à un homard qu'on a cuit dans une casserolle trop petite, y a juste la moitié de prête...
Nous nous sommes bien amusées et bien reposées. On a mangé du poisson excellent, toute la nourriture nous a plu. On a magasiné robes, sandales et souvenirs pour nos proches. On a eu de grandes discussions philosophiques et sociales devant plusieurs expressos allongés. On a ri comme des folles. Quels beaux moments.
Samedi 23 janvier, retour en Bolivie. Nous avons pris un autobus pour LaPaz, 6 à 7 heures de route. Marja était très anxieuse de traversée la frontière. Il arrive qu’on refuse l’entrée aux étrangers qui ont déjà épuisé le temps alloué par le premier visa de 3 mois. J’étais plus optimiste d’autant plus que mon visa initial se terminait seulement en février, le sien le lendemain… Coup de chance inouï, il y a 3 autres suédois à bord de l’autobus, dont un est allé à la même école que Marja !!! Je commence à croire que la Suède est bien petite… Alors j’ai suggéré à Marja de suivre nos touristes suédois comme si elle faisait parti du groupe. Comme un couteau chaud dans le beurre mou, comme dirait un gaspésien que j’ai connu il y a bien longtemps.
LaPaz, Bolivie
Arrivé vers 17h samedi à LaPaz. Marja a contacté la cousine de son futur époux, un bolivien qui vit en Suède…(un autre histoire) La cousine et son père viennent nous chercher à la gare de bus. On avait prévu se louer une chambre dans un petit hôtel mais l’oncle Téo insiste pour nous héberger. Ça à l’air de faire l’affaire à Marja et le monsieur a l’air bien gentil, la cousine aussi. L’oncle vit en périphérie à flanc de montagne dans un petit appart au deuxième. Il fait froid à LaPaz et encore plus dans l’appart. Ils sont pas isolés et n’ont pas de systèmes de chauffage. Juste des petites chaufferettes électriques qu’ils sortent pour la visite et qui ont l’air aussi dangereuses que le filage électrique des maisons… On déposent nos sacs et on repart pour le centre ville pour aller souper, on est morte de faim. On nous amène dans un beau resto avec vue sur La Prado, la grande allée touristique de LaPaz. Je me suis tapée un filet mignon sauce maison, super bon, j’ai léché le fond de mon assiette. Ensuite nous sommes allés dans un beau petit café en retrait de zone touristique. Il y avait un beau foyer au milieu, mais malheureusement ils ne s’en servent jamais… Malgré la bouffe et les 3 grands cafés, j’ai les lèvres bleues. On retourne à l’appart de mononcle Téo qui nous offre la chambre de son petit fils de 7 ans qui est absent. On est brûlées raides. Mononcle nous installe la chaufferette-criminelle dans la chambre au lit double recouvert de nombreuses couvertures chaudes et sales… Je me couche toute habillée, la face collée au mur et Marja me rejoint dans le lit et se colle dans mon dos tant elle est frigorifiée. D’autant plus que je lui ai demandé de débrancher la chaufferette de la mort ayant peur de me réveiller en cendre flottant au dessus de la ville. Ça fait 3 mois que je dors seule dans mon lit et Marja aussi, on fait donc le pacte de ne pas se prendre pour notre conjoint réciproque… Les couvertures sentent pas bon mais je viens à bout de m’endormir en disant à Marja qu’elle m’en doit une !
La Feria del Alasita
Au matin, mononcle Téo nous fait un super café distillé à la mode bolivienne, enfin un café qui se respecte. Merci mononcle, oui je vais en prendre un deuxième ! Marja a le courage de prendre une douche, pas moi. La salle de bain est d’une propreté douteuse, on gèle et y a pas de rideau à la fenêtre. C’est ben de valeur, mais moi je me déshabille pas !
On prend un ‘micro’ (voir l’article sur les modes de transports) pour le centre-ville. L’avantage de vivre avec les ‘locals’ c’est de découvrir la ville avec des yeux nouveaux. On a marché sur la nouvelle passerelle piétonnière de LaPaz qui a été financée par Hugo Chavez du Venezuela. C’est une longue passerelle qui passe à une dizaine de mètres au-dessus des rues et des parcs, corruption oblige ils ont achetés le bois le plus cheap pour faire le beau plancher tout croche, si ça ‘toffe’ 10 ans c’est beau.
On plonge ensuite dans la foule compacte de la Feria del Alasita. C’est une fête annuelle où on retrouve des centaines de kiosques vendant des miniatures de toutes sortes; de l’argent, des petites maisons, des petits ordis, des mini poupées, des petits poêles, des petits frigos, des petites boîtes de nourriture, des certificat de mariage, des diplômes universitaires, et toutes sortes d’amulettes de chance… c’est fascinant. Alors les gens achètent ce qu’ils souhaitent obtenir dans l’avenir, une maison, un époux, de l’argent, de la nourriture… Ensuite, des ‘chamanes ou chamans’ font des incantations en passant les objets au-dessus d’un petit feu d’encens et en les aspergeant d’huile et d’herbes magiques. Puis il y a la parade du grand Ekeko (un petit sorcier bolivien) qui disperse sa bénédiction et sa fumée d’encens sur la foule qui l’entoure. Moi j’ai acheté un kit de billet d’argent avec une petite maison, un couple, une grenouille et des pépites d’or que j’ai bien fait enfumé selon l’usage. On s’en reparlera dans quelques mois… Je me suis aussi procuré un poncho en Alpaca avant de ne plus pouvoir jamais arrêté de trembler de froid.
Ben coudonc, tout ça m’a encore donné faim. Tant qu’à faire j’ai mangé un espèce de sandwich à la viande d’Alpaca, viande maigre et excellente accompagné de plusieurs autres cafés. Avec l’Alpaca sur le dos et dans le ventre, je suis venue à bout de me réchauffer. Retour à l’appart pour récupérer nos valises et hop! À la gare de bus. On prend l’autobus de 18h pour Cochabamba, pas un autobus de riche, celui que tout le monde prend, 8h de route pour 30 bolivianos (env 5$ canadien), des sièges tout croches et serrés dont le dossier se baissent à peine, yé ! on devrait arriver à Cochabamba vers 2h du matin.
J’ai trouvé ce voyage un peu pénible. Il régnait une atmosphère de méfiance et j’ai senti les mauvaises ondes de boliviens qui n’aiment pas les ‘gringas’. Le couple assis derrière nous n’a pas cessé de donner des coups de pieds et de genoux dans le dos de nos sièges et ils n’ont pas été très conciliants lorsque je leur ai fait remarquer. Événement spécial en plein milieu du voyage, nous nous sommes arrêtés dans un relais avec toilette et casse-croute. En repartant, trois enfants d’environs 11, 10 et 7 ans sont montés à bord et se sont mis à improviser une chansonnette qui racontait qu’ils s’excusaient de nous déranger, mais qu’ils faisait leur jobs pour pouvoir manger et aider leurs parents. Ensuite ils ont très mal chantés deux, trois chansons traditionnelles, leurs voix étaient complètement fausses et criardes, au début j’étais était un peu agacé, j’avais envie de dormir mais un moment donné j’ai trouvé la situation tellement absurde que je me suis mise à rire, ma compagne aussi et finalement plusieurs autres voyageurs. Ils ont terminés en reprenant leur improvisation en disant qu’ils comprenaient que nous étions fatigués et que pour que nous puissions recommencer à faire semblant de dormir le plus rapidement possible nous devions leurs donner des pesos et qu’alors ils quitteraient l’autobus. C’était hilarant, j’en revenant pas, en même temps c’était comme surréaliste ces trois enfants debout dans l’allée sous la lumière blafarde s’arrêtant avec aplomb devant chaque banc en tendant la main. Ça avait quasiment l’air d’un hold-up de bandes dessinées. Puis en même temps c’était pathétique ces trois enfants un dimanche soir à 23 h, dans un autobus au beau milieu de nulle part.
Arrivée à Cochabamba à 1h30, j’ai dormi quelques heures. Marja et moi sortons avec nos sacs et Marja est nerveuse, c'est vrai que nous nous retrouvons dans le pire quartier de la ville en plein milieu de la nuit. Je me dépêche donc de trouver un taxi qui ne sonne pas d'alarme de danger dans ma tête. La voiture est en ruine mais le chauffeur semble sypathique et pas saoul comme ça arrive souvent. On se dépêche donc d'entrer dans la voiture et on donne les directions au chauffeur. Quelques coins de rues plus loin, je réalise, au malheur j'ai oublié ma petite valise rouge dans l'autobus ! Ma petite valise rouge contient mes vêtements et tout les petits cadeaux-souvenirs que j'ai acheté au Chili. Allez on revire de bord !!! Trop tard, l'autobus a disparu. Heureusement, le chauffeur sait où se trouve le garage de cette compagnie. Arrive au garage, l'autobus est là, mais il n'y a pas un chat. Il me suggère de revenir très tôt demain matin. Alors, je rentre à Madre. Je n'ai pas dormi de la nuit.... à 6h la surveillante de nuit se lève et je lui demande de m'ouvir la porte pour que je puisse sortir de Madre. J'essaie de trouver un `truffi' pour me rendre au garage, je sais pas ce qu'ils ont ce matin, personne n'arrête. Je prends donc un taxi sur le coin de la rue et heureusement il connaît aussi la direction pour le garage. Arrivée au garage, il y a une dizaine d'hommes qui m'écoutent raconter mon histoire dans mon mauvais castillan mais personne ne réagit. Finalement, un homme s'avance et me demande de le suivre jusqu'à un autobus, il ouvre la porte-cargo sur le côté et miracle ma valise s'y trouve !!!! J'ai presque sauté au coup du bonhomme, mais ça avait pas l'air d'y tenter. J'ai repris mon taxi vers Madre. Je suis super contente de mon voyage, je n'ai plus ma caméra, surtout plus mes photos mais un souvenir impérissable, mes petits cadeaux et je me suis recharchée les batteries à l'énergie du Chili et du Pacifique.
Hasta pronto !!!