samedi 30 janvier 2010

Mise au point mise à jour.

Qu’est-ce que je suis venue faire ici ? Je voulais expier le privilège d’avoir ce que j’ai en l’abandonnant. Je voulais me sentir utile auprès de gens qui n’avaient pas eu cette chance. J’ai même parlé d’une soudaine vocation à apporter ma goutte d’eau salvatrice dans l’océan de la souffrance humaine. Je voulais me prouver que je pouvais être une bonne personne. Parce que depuis que j’ai l’âge de 15 ans que je veux voir le monde pour de vrai, pas en vacances. Parce que je voulais comprendre pourquoi c’est pas juste dans le monde.


J’avais aussi besoin de me distancier de la société québécoise, américaine et européenne, de la routine auto-boulot-radio-dodo-l’ado-conjugaux. J’étais perdue dans mon propre univers. J’avais le GPS dans le cul.

Une aventure bien égoïste tout compte fait.

Qu’est-ce que j’ai trouvé ? D’abord, je n’ai rien perdu. Je m’ennuie de l’ado, du conjugaux et de mon univers avec tout les petit soleils d’amitiés qu’il contient. Je ne pouvais pas partir sans laisser de traces. J’ai laissé le cordon connecté direct sur mon cœur. Ça me nourrit, ça me tient en vie. Les dés étaient pipés d’avance, je me suis trichée moi-même. Comme j’ai bien fait.

Alors qu’est-ce que j’ai trouvé ? Des enfants, d’autres ados, des mamans, des saintes, toute une société à la dérive tâchant de surnager dans un autre univers loin de chez-moi. J’ai trouvé la même douleur, les mêmes drames, la même bêtise des hommes, comme partout ailleurs finalement.

Je me suis trouvée moi sans contexte, moi avec enfin les yeux grands ouverts et le cœur qui a baissé la garde. Allez entrer les émotions ! Essuyez-vous les pieds sur le paillasson quand même, je suis fragile mais je n’ai plus peur. J’ai fait silence dans ma tête pour écouter l’écho de mes sentiments. Je suis devenue témoin puis ensuite actrice de ma propre existence, moi qui ai tellement vécu en parallèle.

Depuis cette résurrection graduelle, j’accueille tout, mais je renvoie poliment les visiteurs indésirables après avoir écoutés leurs salades. Je sais ce que je veux dans ma cuisine et dans mon salon et dans ma chambre aussi. Chez-nous on cuisine maintenant la tolérance, la patience et la bonne volonté (je rate souvent mes plats), au salon on peut discuter ouvertement et généreusement. L’écoute est toujours invitée. Puis dans ma chambre j’y coucherai l’intimité réciproque et j’élèverai mon âme et mes sens dans l’amour. C’est dans cette maison que je me sens bien.

C’est peut-être une maison dans les nuages, une illusion, une utopie, finalement un film de série B où la vedette se prend pour une autre. Enfin c’est mon cinéma à moi et je l’assume.

Il n’y a pas si longtemps, presqu’une année, j’avais écrits ceci :

Quand est-ce que la nuit nous avale ? L’univers de la buveuse qui traîne comme une ombre lourde ses bouteilles, ses caisses de bouteilles, ses camions de bouteilles. La nuit sans lune ni étoiles, une nuit de feutre et d’ombres chinoises. La nuit qui ne s’achève jamais. La nuit partout, même dans des coins du jour, bien cachée comme de petits trous noirs dans l’espace. Parce que la nuit c’est l’espace et le jour c’est le temps qui lui passe toujours trop vite.

Je ne veux plus du jour. Viens encore la nuit, que mon âme se berce des rires gras et stupides, de musique insensée, comme un bébé pure et rose dans les grandes mains crasseuses d’un ogre borgne. Le jour est mauvais, le jour c’est la lumière froide et vulgaire

qui fracasse le cerveau. Revient ma nuit, toujours, plus vite, plus longtemps, jusqu’à postillonner à bout de paroles inutiles, à m’en vider les tripes, jusqu’à m’en souiller entre les jambes. Que je m’enfonce dans la nuit, à toujours, à jamais. Je deviens rien, le vide, l’absence. Pas de croix, pas de pierre, pas d’épitaphe, pourquoi faire un espace-temps pour le vide ? L’espace c’est ma nuit infinie. qui fracasse le cerveau. Revient ma nuit, toujours, plus vite, plus longtemps, jusqu’à postillonner à bout de paroles inutiles, à m’en vider les tripes, jusqu’à m’en souiller entre les jambes. Que je m’enfonce dans la nuit, à toujours, à jamais. Je deviens rien, le vide, l’absence. Pas de croix, pas de pierre, pas d’épitaphe, pourquoi faire un espace-temps pour le vide ? L’espace c’est ma nuit infinie.

La nuit c’est fini. Elle ma rejetée comme on vomit un crapaud, en plein jour sans vergogne moi qui ne suis ni prince ni princesse. Le jour me condamne à abandonner la nuit, maîtresse trop exigeante.

Pardon à ceux qui en ont souffert.

Je croyais m’être condamnée à vivre. Je découvre aujourd’hui que je me suis rendue à la vie. Je n’ai plus de croix à porter, seulement le meilleur de moi-même à apporter.

Bénies soient les Saintes Personnes qui ont été mes guides. Amen.

Kathleen Blair

28 janvier 2010,

Anniversaire de naissance de mon géniteur.

jeudi 28 janvier 2010

As time goes by…Tiempo que va

Cochabamba, 28 janvier 2010

Pourquoi ne pas commencer par la fin. J’ai tant de choses à raconter; du départ pour Arica la semaine dernière jusqu’au retour ce lundi. Bon, la petite adolescente de 13 ans a eu son bébé dans la nuit de samedi à dimanche. Malheureusement, je n’étais pas à Cochabamba pour l’accompagner. Alors que suis tout de suite allée à l’hôpital ‘Maternologico German Urquibi’ lundi avant-midi. J’y ai trouvé mon ado dans une chambre partagée avec 4 autres jeunes mamans. Elle était seule, alors que toutes les autres avaient des membres de leurs familles qui étaient présents. Elle somnolait dans son lit défait et sale avec sa petite fille endormie à côté d’elle. Elle ressemblait à une petite fille qui a oublié que sa poupée partageait son lit… Beau bébé, plein de cheveux tout noir, toute petite, toute petite et en santé. J’ai embrassé la maman qui était toute contente de cette visite inattendue. Mon ado voulait s’en revenir à Madre. Mais ce n’est pas les plans des services sociaux boliviens. D’abord, la Sœur Méry avaIt travaillé très fort pour que le bébé lui soit retiré dès la naissance. Elle va commencer sa vie dans un orphelinat, mieux vaut diluer le traumatisme de la séparation pour les deux en lui retirant le bébé le plus rapidement possible, mais le bébé passera trois jours avec elle… De toute façon, mon ado n’arrive pas à bien l’alimenter au sein, elle trouve ça déplaisant, elle ne comprend pas à moitié ce qui se passe.

Elle-même sera transférée dans un autre centre pour adolescentes ainsi en ont décidé les autorités boliviennes.

J’ai donné 3 pesos à une infirmière pour qu’on lui donne une douche. Mon ado parlait beaucoup de son animatrice volontaire; Marja, (elle était dans une autre classe que la mienne). Je suis repartie un peu abasourdie avec un gros point d’interrogation dans le front. Mais qu’est-ce ce qui passe ? Je suis retournée à Madre, j’ai demandé à la Sœur de me donner les vêtements et les effets personnels de la petite. J’ai raconté tout ça à Marja qui a bien sûr tenu à m’accompagner pour ma visite de l’après-midi.

Alors nous avons apporté un sac pour le bébé avec des couches, des petites couvertures et des vêtements que la Sœur Méry avait préparé depuis longtemps mais que les employées avaient oubliées d’apporter. J’ai apporté des biscuits sucrés, du yogourt, du jus de pomme et de la gomme balloune pour mon ado. On a câliné mère et enfant et on est reparti en fin de journée. Je commence à être blindée mais Marja a éclaté en sanglots.

‘’Mon Dieu, donnez moi la Sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le Courage de changer les choses que je peux et la Sagesse d’en connaître la différence.’’



ARICA, Chili.

D’abord, je me suis fait voler ma caméra dans l’autobus de retour. Alors adieu à tout les belles photos que je voulais tant partager avec vous. Heureusement, j’ai fait le voyage avec une compagne volontaire de Suède; Marja. Elle m’a donc donné généreusement une copie des photos qu’elle avait prises. Ce sont les photos que vous verrez d'ici quelques jours.

Nous sommes parties mardi le 19 janvier matin pour Arica au Chili. L’objectif premier est de sortir de Bolivie pour pouvoir étendre notre visa pour un autre 3 mois, loi d’immigration bolivienne. Nous avons pris un autobus au terminal d’autobus de Cochabamba qui va directement à Arica, 12 heures de route, des chemins dangereux au paysages superbes, traversée de l’Altiplano et des Andes, 2 douanes et enfin la mer !!! Pauvre Marja, elle souffre d’un petit virus intestinal qui a rendu son voyage éprouvant, les toilettes sont rares et celle de l’autobus ne permettait que ‘les petits pipis’…

Quand on arrive à la frontière chilienne, on est accueilli par un douanier enjoué qui me fait croire qu’il est interdit de remplir le formulaire avec un stylo à l’encre rouge comme je l’ai fait (mon stylo bleu voulait plus collaborer). Quand je commence à m’inquiéter, il éclate de rire, je commence à goûter à l’humour chilien. Sur les murs pleins d’affiches qui expliquent l’interdiction de faire entrer fruits et autres végétaux en territoire chilien. C’est qu’ils ont travaillé très fort pour éliminer la drosophile et autres insectes et infections s’attaquant aux récoltes agricoles. On ne voit rien sur la drogue, l’alcool ou autre. Ma pauvre Marja affaiblie par la diarrhée a oublié un sac avec pommes et bananes dans l’autobus qui est fouillé par les douaniers. Oh Boy !!! Elle est arrêtée comme une vulgaire contrebandière, on l’interroge durant près d’une heure et finalement on la laisse repartir sous condition d’aller payer une amende de 200 euros le lendemain au bureau du gouvernement chilien à Arica. Pendant ce temps l’autobus et tout ses passagers nous attendent avec impatience…. Pauvre Marja ! Elle était tellement engourdie par le voyage qu’elle avait même coché la case NON sur le formulaire demandant si elle avait des fruits…. C’est qu’elle n’y pensait plus à sa foutue banane ! Je l’ai surnommée la criminelle des fruits… elle trouvait pas ça drôle, moi si, j’en avais des crampes de le ventre à force de rire.

Dès notre arrivée au Chili vers 22h, nous avons retrouvé la chaleur qui manque tant dans les hauteurs et un chauffeur de taxi fort sympathique qui nous a conduit à notre petit hôtel ‘Jardin del Sol’, situé un peu loin de la mer (20 min à pied) mais propre, confortable et au prix raisonnable. Le coût de la vie au Chili est beaucoup plus élevé qu’en Bolivie. Luxe suprême pour Marja et moi, Internet Wi-Fi inclus ! On en a profité, je vous jure. Tout de suite au matin, on s’est dirigé au bureau du gouvernement pour le ‘délit-fruit’. Mais la vie est bonne ! Le préposé est un charmant chilien qui a de la famille qui a émigré en Suède. Il nous explique gentiment que nous avons 30 jours pour payer l’amende et comme nous nous en retournons dans 3 jours… La seule chose, si elle revient au Chili un jour qu’elle prépare 200 euros à fournir à la douane. Wow ! Marja est tellement soulagée.

Arica est une petite ville balnéaire, à la température agréable, aux gens souriants et accueillants. Une pauvreté toute propre. Les chiliens me semblent plus éduqués, ayant plus confiance en eux avec beaucoup moins d’agressivité envers les gringos (toute personne blanche, sentiment exacerbé si tu laisses croire que tu es américain…). Les chiliens d’Arica ont un sens de l’humour bien développés, à partir du personnel de l’hôtel, aux vendeuses dans les magasins et aux serveurs de cafés et restaurants. Nous avons beaucoup rit. Marja s’est grandement amusé avec mon accent français, elle qui parle un espagnol impeccable, ayant vécu 4 ans en Espagne. Je pense que sa pire crise d’hilarité fut le matin que nous marchions sur la promenade en bordure de la mer en direction de la plage pour une journée de farniente. J’ai reçu un ‘char de marde’ de la part d’un pélican perché en haut d’un lampadaire. Mais là pas à peu près, j’en avais partout. Heureusement qu’on était près de l’eau pour me laver, j’étais dégoutée !

J'ai pris du soleil en masse et je me suis baignée dans la mer, les vagues étaient énormes, c'est un endroit apprécié par les surfers. Mais je sais pas ce qui est arrivé avec ma crème solaire à l'épreuve de l'eau.. le haut de mon corps n'a pas brûlé mais je me suis retrouvée avec les jambes pas juste rouges mais littéralement cuites. Je ressemble à un homard qu'on a cuit dans une casserolle trop petite, y a juste la moitié de prête...

Nous nous sommes bien amusées et bien reposées. On a mangé du poisson excellent, toute la nourriture nous a plu. On a magasiné robes, sandales et souvenirs pour nos proches. On a eu de grandes discussions philosophiques et sociales devant plusieurs expressos allongés. On a ri comme des folles. Quels beaux moments.

Samedi 23 janvier, retour en Bolivie. Nous avons pris un autobus pour LaPaz, 6 à 7 heures de route. Marja était très anxieuse de traversée la frontière. Il arrive qu’on refuse l’entrée aux étrangers qui ont déjà épuisé le temps alloué par le premier visa de 3 mois. J’étais plus optimiste d’autant plus que mon visa initial se terminait seulement en février, le sien le lendemain… Coup de chance inouï, il y a 3 autres suédois à bord de l’autobus, dont un est allé à la même école que Marja !!! Je commence à croire que la Suède est bien petite… Alors j’ai suggéré à Marja de suivre nos touristes suédois comme si elle faisait parti du groupe. Comme un couteau chaud dans le beurre mou, comme dirait un gaspésien que j’ai connu il y a bien longtemps.



LaPaz, Bolivie

Arrivé vers 17h samedi à LaPaz. Marja a contacté la cousine de son futur époux, un bolivien qui vit en Suède…(un autre histoire) La cousine et son père viennent nous chercher à la gare de bus. On avait prévu se louer une chambre dans un petit hôtel mais l’oncle Téo insiste pour nous héberger. Ça à l’air de faire l’affaire à Marja et le monsieur a l’air bien gentil, la cousine aussi. L’oncle vit en périphérie à flanc de montagne dans un petit appart au deuxième. Il fait froid à LaPaz et encore plus dans l’appart. Ils sont pas isolés et n’ont pas de systèmes de chauffage. Juste des petites chaufferettes électriques qu’ils sortent pour la visite et qui ont l’air aussi dangereuses que le filage électrique des maisons… On déposent nos sacs et on repart pour le centre ville pour aller souper, on est morte de faim. On nous amène dans un beau resto avec vue sur La Prado, la grande allée touristique de LaPaz. Je me suis tapée un filet mignon sauce maison, super bon, j’ai léché le fond de mon assiette. Ensuite nous sommes allés dans un beau petit café en retrait de zone touristique. Il y avait un beau foyer au milieu, mais malheureusement ils ne s’en servent jamais… Malgré la bouffe et les 3 grands cafés, j’ai les lèvres bleues. On retourne à l’appart de mononcle Téo qui nous offre la chambre de son petit fils de 7 ans qui est absent. On est brûlées raides. Mononcle nous installe la chaufferette-criminelle dans la chambre au lit double recouvert de nombreuses couvertures chaudes et sales… Je me couche toute habillée, la face collée au mur et Marja me rejoint dans le lit et se colle dans mon dos tant elle est frigorifiée. D’autant plus que je lui ai demandé de débrancher la chaufferette de la mort ayant peur de me réveiller en cendre flottant au dessus de la ville. Ça fait 3 mois que je dors seule dans mon lit et Marja aussi, on fait donc le pacte de ne pas se prendre pour notre conjoint réciproque… Les couvertures sentent pas bon mais je viens à bout de m’endormir en disant à Marja qu’elle m’en doit une !



La Feria del Alasita

Au matin, mononcle Téo nous fait un super café distillé à la mode bolivienne, enfin un café qui se respecte. Merci mononcle, oui je vais en prendre un deuxième ! Marja a le courage de prendre une douche, pas moi. La salle de bain est d’une propreté douteuse, on gèle et y a pas de rideau à la fenêtre. C’est ben de valeur, mais moi je me déshabille pas !

On prend un ‘micro’ (voir l’article sur les modes de transports) pour le centre-ville. L’avantage de vivre avec les ‘locals’ c’est de découvrir la ville avec des yeux nouveaux. On a marché sur la nouvelle passerelle piétonnière de LaPaz qui a été financée par Hugo Chavez du Venezuela. C’est une longue passerelle qui passe à une dizaine de mètres au-dessus des rues et des parcs, corruption oblige ils ont achetés le bois le plus cheap pour faire le beau plancher tout croche, si ça ‘toffe’ 10 ans c’est beau.

On plonge ensuite dans la foule compacte de la Feria del Alasita. C’est une fête annuelle où on retrouve des centaines de kiosques vendant des miniatures de toutes sortes; de l’argent, des petites maisons, des petits ordis, des mini poupées, des petits poêles, des petits frigos, des petites boîtes de nourriture, des certificat de mariage, des diplômes universitaires, et toutes sortes d’amulettes de chance… c’est fascinant. Alors les gens achètent ce qu’ils souhaitent obtenir dans l’avenir, une maison, un époux, de l’argent, de la nourriture… Ensuite, des ‘chamanes ou chamans’ font des incantations en passant les objets au-dessus d’un petit feu d’encens et en les aspergeant d’huile et d’herbes magiques. Puis il y a la parade du grand Ekeko (un petit sorcier bolivien) qui disperse sa bénédiction et sa fumée d’encens sur la foule qui l’entoure. Moi j’ai acheté un kit de billet d’argent avec une petite maison, un couple, une grenouille et des pépites d’or que j’ai bien fait enfumé selon l’usage. On s’en reparlera dans quelques mois… Je me suis aussi procuré un poncho en Alpaca avant de ne plus pouvoir jamais arrêté de trembler de froid.

Ben coudonc, tout ça m’a encore donné faim. Tant qu’à faire j’ai mangé un espèce de sandwich à la viande d’Alpaca, viande maigre et excellente accompagné de plusieurs autres cafés. Avec l’Alpaca sur le dos et dans le ventre, je suis venue à bout de me réchauffer. Retour à l’appart pour récupérer nos valises et hop! À la gare de bus. On prend l’autobus de 18h pour Cochabamba, pas un autobus de riche, celui que tout le monde prend, 8h de route pour 30 bolivianos (env 5$ canadien), des sièges tout croches et serrés dont le dossier se baissent à peine, yé ! on devrait arriver à Cochabamba vers 2h du matin.

J’ai trouvé ce voyage un peu pénible. Il régnait une atmosphère de méfiance et j’ai senti les mauvaises ondes de boliviens qui n’aiment pas les ‘gringas’. Le couple assis derrière nous n’a pas cessé de donner des coups de pieds et de genoux dans le dos de nos sièges et ils n’ont pas été très conciliants lorsque je leur ai fait remarquer. Événement spécial en plein milieu du voyage, nous nous sommes arrêtés dans un relais avec toilette et casse-croute. En repartant, trois enfants d’environs 11, 10 et 7 ans sont montés à bord et se sont mis à improviser une chansonnette qui racontait qu’ils s’excusaient de nous déranger, mais qu’ils faisait leur jobs pour pouvoir manger et aider leurs parents. Ensuite ils ont très mal chantés deux, trois chansons traditionnelles, leurs voix étaient complètement fausses et criardes, au début j’étais était un peu agacé, j’avais envie de dormir mais un moment donné j’ai trouvé la situation tellement absurde que je me suis mise à rire, ma compagne aussi et finalement plusieurs autres voyageurs. Ils ont terminés en reprenant leur improvisation en disant qu’ils comprenaient que nous étions fatigués et que pour que nous puissions recommencer à faire semblant de dormir le plus rapidement possible nous devions leurs donner des pesos et qu’alors ils quitteraient l’autobus. C’était hilarant, j’en revenant pas, en même temps c’était comme surréaliste ces trois enfants debout dans l’allée sous la lumière blafarde s’arrêtant avec aplomb devant chaque banc en tendant la main. Ça avait quasiment l’air d’un hold-up de bandes dessinées. Puis en même temps c’était pathétique ces trois enfants un dimanche soir à 23 h, dans un autobus au beau milieu de nulle part.

Arrivée à Cochabamba à 1h30, j’ai dormi quelques heures. Marja et moi sortons avec nos sacs et Marja est nerveuse, c'est vrai que nous nous retrouvons dans le pire quartier de la ville  en plein milieu de la nuit. Je me dépêche donc de trouver un taxi qui ne sonne pas d'alarme de danger dans ma tête. La voiture est en ruine mais le chauffeur semble sypathique et pas saoul comme ça arrive souvent.  On se dépêche donc d'entrer dans la voiture et on donne les directions au chauffeur. Quelques coins de rues plus loin, je réalise, au malheur j'ai oublié ma petite valise rouge dans l'autobus !  Ma petite valise rouge contient mes vêtements et tout les petits cadeaux-souvenirs que j'ai acheté au Chili. Allez on revire de bord !!!  Trop tard, l'autobus a disparu.  Heureusement, le chauffeur sait où se trouve le garage de cette compagnie. Arrive au garage, l'autobus est là, mais il n'y a pas un chat. Il me suggère de revenir très tôt demain matin. Alors, je rentre à Madre.  Je n'ai pas dormi de la nuit.... à 6h la surveillante de nuit se lève et je lui demande de m'ouvir la porte pour que je puisse sortir de Madre. J'essaie de trouver un `truffi' pour me rendre au garage, je sais pas ce qu'ils ont ce matin, personne n'arrête. Je prends donc un taxi sur le coin de la rue et heureusement il connaît aussi la direction pour le garage. Arrivée au garage, il y a une dizaine d'hommes qui m'écoutent raconter mon histoire dans mon mauvais castillan mais personne ne réagit. Finalement, un homme s'avance et me demande de le suivre jusqu'à un autobus, il ouvre la porte-cargo sur le côté et miracle ma valise s'y trouve !!!! J'ai presque sauté au coup du bonhomme, mais ça avait pas l'air d'y tenter.  J'ai repris mon taxi vers Madre.  Je suis super contente de mon voyage, je n'ai plus ma caméra, surtout plus mes photos mais un souvenir impérissable, mes petits cadeaux et je me suis recharchée les batteries à l'énergie du Chili et du Pacifique.

Hasta pronto !!!

samedi 16 janvier 2010

Tout ce qui est beau

Cochabamba, 16 janvier 2010


Encore une autre semaine qui vient de débouler. La Mère Méry est en retraite jusqu’à mardi. La maison était bien vide. Elle apporte une aura de sérénité et d’accueil dont on aperçoit l’absence lorsqu’elle n’y est pas.

Je ne sais pour quelle raison on a manqué d’eau. Pourtant les ruisseaux sont pleins et il pleut régulièrement. Mais il semble que la ville d’a pas envoyé d’eau dans les tuyaux, alors nos réservoirs se sont vidés. Ensuite, comme la pompe a fonctionné dans le vide, elle a sautée; une autre journée sans eau. Après 2 jours j’avais hâte de prendre une douche.


L’été est à son apogée. Les arbres sont en fleurs partout. Les jardins sont tout fleuris. Les montagnes ont verdies. Le conflit entre la municipalité et les éboueurs s’est réglé et les vidanges ont été ramassées. Ça sent meilleur… Tout le monde se prépare pour la rentrée scolaire le 1er février. Il règne un espèce de calme de fin d’été.


J’adore voir jouer les petits enfants. Ceux sur la photo jouent à la mère, comme tous les enfants du monde. La preuve que le bonheur est dans le moment présent. Quand je vois un jeune enfant tout sale, pieds nus et souriant sur le trottoir, tout près de sa mère qui mendie, je vois toute la beauté de l’humanité dans ses yeux.



Quand je vois de petites ‘cholitas’ qui jouent au chat entre les passants et qui éclatent de rires enfantins, je vois la bonté de l’existence. (Les cholitas sont les filles et les femmes qui portent les robes traditionnelles boliviennes.)

Je me sens calme. J’accueille chaque jour avec joie. Je donne mon temps aux enfants le jour et je prends du temps pour moi le soir. J’ai une petite routine aléatoire qui me convient. Je vais retourner au Québec un peu avant la date prévue. Je reviens à la mi-avril. J’aurai accompli mes objectifs ici et j’ai hâte de revoir mes amours, mon monde




On dit que les voyages forment la jeunesse, bien ils peuvent aussi donner un bon coup de pied au cul des vieilles comme moi. Je ne serai plus jamais aujourd’hui ce que j’étais hier et demain on verra, se sera un nouveau présent.

Bonne semaine !



dimanche 10 janvier 2010

Convalescence

Tarata, Jeudi 7 janvier 2010


17H


Wow, Là je viens de changer de standing ! Je viens d’arriver à l’Hôtel Hacienda Kaluyo. C’est à environs 30km de Cochabamba, en campagne !!! Depuis dimanche dernier que je toussais comme une perdue, et comme je ne fume presque plus, j’étais pas mal stressée en plus d’avoir la grippe. J’ai donc décidé de me sauver quelques jours du bruit et de de la puanteur de la ville. Coup de chance sur Internet, j’ai trouvé cet hôtel. J’ai une belle grande chambre avec de grandes portes-patios qui donnent sur les collines et en bas sur le lac. J’entends les petits oiseaux et les moutons !!! L’hôtel est presque vide, quel privilège pour moi. C’est tellement tranquille que ça ‘buzz’ dans ma tête… mais ça c’est peut-être la fièvre. L’hôtel se trouve sur une réserve écologique.


C’est sur que ça change de la pauvreté ou je me trouvais, faut croire que je suis moins forte que je pensais et que j’ai parfois besoin de confort. Je vais aller faire le tour de la propriété et me chercher une grande bouteille d’eau. Je pense que je vais même commander un petit lunch dans ma chambre pour ce soir. Là mon fils serait heureux !

Vendredi, 8 janvier 2010

7h45

Une belle grande nuit de sommeil, sans bruit, dans le noir total. Je me sens déjà bien mieux. Hier soir, avant de me coucher, j’ai pris une grande douche chaude avec beaucoup de pression. Je vais en prendre une autre ce matin, c’est sûr. En ouvrant mes belles grandes portes, je revois les collines et le lac. Pas d’humains en vue, j’entends les oiseaux et au loin un âne, un coq et des chiens. Totalement bucolique ! Je suis plongée dans une pastorale d’aquarelle, tranquille, sereine et surréaliste.

À moins de 30 km d’ici, des jeunes dorment sur le trottoir, le cerveau mariné par la colle. Des bébés sales marchent pied nus entre les passants pendant que leurs mères affalées contre un mur demandent l’aumône. Des meutes de chiens rachitiques s’arrachent de pauvres butins au milieu des détritus qui débordent des bennes de vidanges.

Toujours pareil, la pauvreté toujours sale, puante et juste à côté la beauté, l’abondance, ici si près l’une de l’autre. Ça devient intolérable ici et ailleurs. Même la nature que j’observe plus attentivement semble vieille, à bout de force, surexploitée.

13h

La femme de chambre m’a réveillée en frappant à ma porte. Je dormais au gaz. Je suis allé déjeuner et au retour je me suis étendue. Je reprends mes forces.

17h00

J’ai dîné; une lasagne qu’ils appellent ça… Bon, ça y ressemblait un peu. Ensuite je suis allé faire une grande promenade jusqu’au lac. Le lac Angostura est assez grand mais peu profond. L’eau est brune. J’y ai vu des pêcheurs et des enfants s’y baigner. J’ai marché à travers les champs et j’ai dérangé deux vaches qui ont semblé m’insulter en espagnol. Je peux vraiment vous dire comment ça parle une vache espagnole ! J’ai marché en suivant une vieille voie ferrée désaffectée jusqu’au ‘pueblo’ Kaluyo. J’ai trouvé une petite tienda et j’ai acheté une grande bouteille d’eau. En revenant, 2 gros chiens ont surgis devant moi en jappant, ce coup-ci c’est moi qui les ais invectivés en québécois, ça a marché, ils avaient l’air mêlés et ont pris un autre chemin.

20h

Au retour j’ai encore dormi. J’ai commandé un autre lunch à ma chambre, un ‘pique’, mets typique. Une assiette avec des frites dans le fond, des morceaux de bœufs, des morceaux de saucisses avec des tomates et des oignons crus par-dessus. Pas mauvais quand le bœuf est pas trop ‘spring’.

samedi, 9 janvier 2010

Une autre grosse nuit de sommeil. Le temps est encore un peu gris. Je suis pas pressée de me lever. Je tousse plus la nuit, yé ! Ça dors mieux.

Bon, je suis allée prendre mon déjeuner. L’hôtel s’est rempli hier. Ça semble être un groupe réuni pour un mariage ou quelque chose comme ça. En tout cas, j’ai entendu parlé français de France, Anglais de E.U. et espagnol d’Espagne. J’ai pas trop envie de me mêler. Pour moi ce sera une autre journée de repos. Un peu de marche, de lecture et des gros dodos. C’est drôle comme j’apprécie ma solitude et que je la recherche. J’aurais pu faire ça dans ma cabane à Gore. Mais c’est vrai qu’il fait trop froid là-bas. Mais mes amours sont au Québec…

Dimanche , 10 janvier 2010

Voilà, c’est aujourd’hui que je retourne à Cochabamba. Je suis bien reposée, la campagne et le sommeil m’ont fait bien du bien. Je suis prête à retourner avec mes filles. Mais je vais reprendre mes tâches tranquillement. En tout cas, je vais me préparer une autre escapade en Amazonie cette fois pour le mois prochain.

dimanche 3 janvier 2010

Le Jour de l'An.


Cochabamba, 3 janvier 2010


Bon ça y est, j’ai ramassé une vraie grippe. Mes petits ‘nonosses’ semblent vouloir sortir de mon body, j’ai des gros frissons et quand je tousse mes poumons sont en feux. C’est vrai que depuis une semaine, plusieurs petites filles toussaient et éternuaient sans vergogne dans ma face comme tout les enfants de la terre. En tout cas, ça a fait peur à la Sœur, parce qu’elle m’a donné congé de messe ce matin. Elle m’a demandé de rester dans ma chambre, de dormir et de boire beaucoup de liquides. Comme cette idée me plait je vais obéir. Je vais me sauver quand même un peu tantôt, pour aller mettre mes petites aventures sur Internet !


Hier j’ai eu le plaisirs immense de rencontrer Sœur Murielle Dubé et Sœur Wilma de la Congrégation des Sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception à Quillacollo. Sœur Murielle dirige l’Institut d’Éducation Rurale www.ier-bolivia.com . C’est un beau grand domaine qui accueille des jeunes filles des régions rurales et leur offrent une éducation personnalisée. Elles ont 2800 poules pondeuses, un lama, de grands jardins et potagers. C’est grâce à la Sœur Suzanne Labelle que j’ai rencontré l’automne dernier avant mon départ, que j’ai connu ces femmes extraordinaires.


Sœur Suzanne Labelle a mis sur pied tout le volet d’études qui conduit les jeunes femmes au diplôme d’Auxiliaire Infirmière. Mais on y offre aussi des formations spécialisées en agriculture, soins vétérinaires, coupes et confections de vêtements et une technique en informatique-bureautique ! Elles viennent juste de terminer la mise en place d’un laboratoire informatique tout ce qui l’y a de moderne. Elles ont eu l’aide d’un laïc missionnaire du nom de Thierry. Si elles en sentent le besoin, je leur ai offert mon support et mes connaissances sur le sujet. D’autant plus que je me cherche une excuse pour aller passer du temps sur ce domaine. C’est la campagne, tout près de la ville, ça sent bon, c’est beau et c’est calme. J’ai été tellement bien accueillie par ces mesdames d’une gentillesse extrême.


Cette semaine, j’ai installé une imprimante laser partagée et un petit réseau domestique à Madre. Ce qui a été le plus long, c’est de trouver les produits voulus. D’abord l’imprimante, pas moyen de trouver une imprimante laser monochrome avec une connexion réseau à moins de 1000 $ US. Bon! Alors je me suis dis on va acheter une imprimante laser avec port USB puis un serveur d’impression USB. Ben dis moi donc ! La plupart des magasins ignoraient ce que c’était, les autres en tiennent pas… Après une grosse journée de courraillages et de téléphones à droite et à gauche, on a fini par trouver un endroit qui peut nous en commander un si on va le payer d’avance. Alors , en attendant j’ai installé l’imprimante sur un des ordis et je l’ai partagée. J’ai relié les 2 ordis sur une belle switch DLink et l’affaire est digidou.

Ceux qui ont rien compris au dernier paragraphe, faites vous en pas. C’est vraiment pas important finalement.


J’ai célébrée la veille du Jour de l’An et le Jour de l’An toute seule, mais je me suis gâtée !!! Mario va être fier de moi ! Je me suis fait un super spaghetti à la viande Québec Style ! J’ai fait revenir ma viande avec de l’ail et des oignons et je me suis trouvée des nouilles importées d’Italie. J’ai râpé du Mozzarella par-dessus le tout. J’ai mangé comme une petite cochonne ! Il en restait assez pour faire goûter à la Sœur Méry et j’ai même apporté un plat à la Sœur Murielle.

Et c’est pas fini ! En revenant de Quillacollo hier, j’ai arrêté au HyperMaxi et j’ai acheté un gros 2.5 litres de Pepsi (ici y a juste du Pepsi, du Coke et du Fanta), des M&M au peanut, un sac de bonbons Starbust et tout ce qui faut pour me faire un super hamburger; tomates, oignons, fromage, moutarde, etc.. Je me suis dis que je devais commencer l’année comme du monde. J’ai trop mangé et j’ai mal dormi toute la nuit, à matin je me suis réveillée avec la grippe… Ouen, pour moi j’ai quelque chose à comprendre là dedans. Babeth à l’aide, tu décodes quoi ?

Bon, je me demande à quoi ma semaine va ressembler. Demain matin très tôt, je suis supposée aller chercher un papier de rendez-vous à l’hôpital pour la petite de 13 ans qui est enceinte et qui devrait accoucher incessamment. Ici c’est compliqué des fois, il faut faire la ligne pour prendre un rendez-vous et après faire la ligne pour rencontrer le médecin qui des fois se pointe pas, alors on recommence, on fait la ligne pour un autre rendez-vous… La Sœur Méry a préparé le sac de la petite pour apporter à l’hôpital, surtout qu’il faut tout fournir; vêtements, bonnet, couches, serviettes, savon, shampoing, papier de toilettes, etc. Si elle décide d’entrer en travail durant la nuit, c’est moi qui va l’accompagner à l’hôpital. Ça me tente pas tant que ça. La petite veut rien savoir du bébé et elle est un peu agressive. Je peux comprendre, elle a été violée et on soupçonne son père. Dès la naissance, le bébé sera amené à Salomon Klein qui est l’orphelinat de la Fondation Amanacer. Tout le monde souhaite que le bébé soit normal et en santé pour qu’il ait plus de chance de se faire adopter… C’est ben triste cette histoire là.

Je souhaite une belle semaine à tout le monde ! Lâchez pas 2010 c’est un beau chiffre !

Kato